
Les Allemands disent que si la soupe est trop salée, c’est parce que le cuistot pensait à sa belle. Mais le sel, dit-on, donne de l’hypertension. Alors, des générations entières de séniors sont condamnées, dans les maisons de retraite, à ingurgiter des potages fadasses.
L’abus de sel est mauvais pour la santé, c’est le sel qui rend l’eau de mer non-potable, c’est le sel qui assèche nos sols, c’est sans doute lui aussi qui a tué Kennedy. Bref, tout est de la faute du sel.
Ce produit, pour lequel les hommes ont jadis guerroyé, en a pris pour son grade. Il suffit de se baisser pour ramasser le sel, mais comment remercie-t-on dame nature ? L’or blanc ne vaut plus rien.
Pierre fait un régime sans sel, de son propre gré. C’est aussi lui qui a dégainé son téléphone portable pour trouver sur Internet des statistiques accusatrices : dans les pays industrialisés, on consomme trop de sel !
Moi, j’aime le sel. Surtout en cuisine. En fait : j’adore les bons petits plats. Bon, d’accord : le sel peut rendre glouton, voire carrément accro, notamment quand il est associé aux lipides et/ou aux glucides.
Mais comment ne pas célébrer :
la force de persuasion du crépitant sachet de chips !
la sobre élégance d’une pomme de terre plongée dans l’eau salée !
les salvateurs biscuits salés en cas de petit creux !
et les bretzels à la saumure et au beurre – cette pâtisserie reine –, à côté de laquelle les fades petits pains standard font pâle figure !
P.S. : En Camargue, s’il y a des flamants roses, c’est aussi à cause du sel – mais c’est tant mieux !